Le pouvoir est dans les villes

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Fiche Ressources DLD N°920-2050

Le pouvoir est dans les villes

« Nous ne pourrons jamais expliquer ou justifier la ville. La ville est là. Elle est notre espace et nous n’en avons pas d’autre »

Georges Perec


Une nouvelle fois, les violences ont remis la ville au coeur des débats. On aurait pu souhaiter meilleure entrée en matière. Inhibés par la dialectique « ville-campagne », nous n’avons pas encore pris toute la mesure du phénomène urbain. En un siècle, la population des villes a été multipliée par douze et dans moins de 5 ans, la majorité de la population mondiale sera urbaine. Ce basculement est sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. Nous entrons dans « le temps des villes » et nous n’y sommes guère préparés.

Une question célèbre de Lewis Mumford résume toute l’ambiguité de ce mouvement : « La ville disparaîtra-t-elle ou bien le monde entier ne deviendra-t-il pas un ensemble urbanisé, ce qui serait pour la ville une autre façon de disparaître ? ». Nous n’aurions plus besoin des villes comme outils de production et pourtant ces dernières n’ont jamais été aussi nombreuses et étendues.

Contrairement aux discours ambiants, l’Europe qui se construit n’est pas celle des Régions mais celle des villes. Ne nous voilons pas la face. Le pouvoir est dans les villes. Ces dernières ne sont jamais aussi dynamiques politiquement que lorsque les Etats nationaux voient leurs prérogatives affaiblies. C’est le cas en France aujourd’hui, où l’Etat coincé entre décentralisation et intégration européenne est appelé à réduire ses interventions. Les villes vont devenir des acteurs économiques et politiques de poids. Mais contrairement à ce qui se passe en Italie ou en Allemagne, ce renforcement est une nouveauté pour notre pays qui devra le digérer.

1- Dilution de la ville

Paradoxalement, au moment même où la ville devient un enjeu de société majeur elle se dilue dans l’espace et apparaît de moins en moins palpable. Pour la définir, les critères administratifs (commune), les seuils quantitatifs (plus de 2000 habitants) ou la continuité du bâti (unité urbaine) sont devenus insuffisants ou trop rapidement obsolètes. Restent peut-être les fonctions, le paysage, les éléments symboliques (tours, monuments remarquables…), le sentiment d’appartenance des gens, le niveau de service ou pourquoi pas, l’animation nocturne pour tenter de cerner les contours de cette ville improbable. Cette impression de flou vaut également pour les limites et les repères. Le voyageur ne sait plus vraiment à quel moment il entre dans la ville ? Il n’y a plus de panneaux d’entrée, de rupture nette : on passe de façon très progressive de l’espace rural, au « rurbain », puis au péri-urbain et à l’urbain.

Toutes les entrées de villes se ressemblent : on a parfois l’impression de rouler entre les stands d’une fête foraine. Rocades et ronds-points rivalisent de laideur. La liste de ces « espèces d’espaces » est longue. La « carte d’identité » du citadin devient difficile à établir. Que signifie être urbain aujourd’hui ? Habiter au centre d’une grande ville, dépenser son salaire dans le logement et ne plus avoir les moyens de participer aux activités culturelles ? Habiter une banlieue reléguée où les services publics ou privés sont insuffisants ? Etre installé dans une zone pavillonnaire périphérique et faire tous les jours 3 heures de voiture pour venir travailler dans la métropole ? Habiter la campagne, disposer de tous les moyens pour se brancher sur l’extérieur, conserver une qualité de vie, participer à la vie sociale, assumer son rôle de citoyen et se rendre régulièrement en ville pour ses loisirs et certains achats ? En Alsace, quand est-on en ville ? Dans la commune de Strasbourg, dans l’agglomération ou la Communauté urbaine, dans les villes moyennes de Colmar, Saverne ou Haguenau …

Les fonctions traditionnelles de la ville s’effacent petit à petit. Dans l’absolu, le commerce pourrait parfaitement se passer de la ville. Plus besoin de marchés, de magasins : on peut déjà imaginer de tout commander à domicile. La place publique, l’agora n’a plus beaucoup de sens depuis que les médias de plus en plus interactifs servent tout à domicile : jeux, sports, recettes de cuisine. Les télécommunications permettent d’envisager le travail hors des centres urbains grâce au télétravail. Même pour les stratèges militaires, la guerre moderne la ville n’est plus toujours un lieu stratégique à libérer en priorité, mais devient le théâtre d’une forme de guerilla dont l’enseignement fait son entrée dans les écoles militaires.

Paradoxalement, au moment où les limites traditionnelles de la ville éclatent, alors que les fonctions traditionnelles de la cité se diluent, la ville n’a jamais été aussi présente, elle n’a jamais autant attiré hommes, activités et richesses. Comme l’a souligné Roland Castro, « le désir de ville a succédé au besoin de ville ». La ville et ses lumières attire, elle reste l’univers du possible…

2- Renforcement des métropoles

L’avenir de l’humanité semble devoir se confondre avec celui de la ville. Aujourd’hui 40 % de la population mondiale est urbaine contre moins de 30 % en ’950 et ’6 % en ’900. En France, plus de 80 % des habitants vivent déjà dans des communes de plus de 2 000 habitants. Ils seront bientôt 90 % sur moins de ’0 % du territoire. La croissance de la capitale a repris. La fameuse opposition entre « Paris et le désert français » dénoncée par Jean-François Gravier en ’947 est à nouveau d’actualité : ’/5e des Français vit désormais sur ’/50e du territoire ; l’agglomération parisienne est plus peuplée que la Suisse, l’Autriche ou la Suède ; elle concentre 28,3 % du PIB national, l’équivalent de celui des Pays-Bas, 80 % de celui de l’Espagne et regroupe 60 % des centres administratifs, financiers, commerciaux et de recherche.

Le mouvement de concentration des hommes, des activités et des richesses dénoncé dans le cas de Paris semble se reproduire à l’échelle des capitales régionales dont le poids tend à se renforcer, surtout dans les régions à majorité rurale. Une agglomération comme Toulouse qui représente déjà 25 % de la population régionale a progressé de + 12,5 % entre 1982 et 1990 contre + 4,5 % pour l’ensemble de la région.

En Alsace, les trois agglomérations -Strasbourg, Mulhouse et Colmar- regroupent déjà à elles seules plus de 700 000 habitants soit près d’un alsacien sur deux. C’est dire leur importance dans l’aménagement du territoire régional. Malgré une tradition d’équilibre, le phénomène de concentration est lisible notamment autour de Strasbourg. Le territoire harmonieux d’hier avec son maillage de villes moyennes et de bourgs-centres se disloque. La métropole strasbourgeoise, autrefois qualifiée « d’urbanisante » , poursuit sa croissance alors qu’à 30 minutes de là, les territoires ruraux articulés autour des villes moyennes et des bourgs-centres s’affaiblissent, même s’il est excessif de parler de désertification.

Avec 27 communes sur les 522 du Bas-Rhin et à peine 6 % de la superficie du Département, la Communauté Urbaine de Strasbourg regroupe 44,46 % de la population bas-rhinoise, soit une densité de 1 405 h/km2 ; 55 % des actifs ; 50 % des entreprises ; 38 % des entreprises artisanales ; 38 % des entreprises industrielles ; 50 % des entreprises commerciales ; 57 % des entreprises de service et 79 % des effectifs du secteur parapublic, soit 25 000 emplois et 450 établissements (74 % pour la seule commune de Strasbourg). Elle concentre également 56 % de la taxe professionnelle perçue par les communes du Bas-Rhin et 86 % de la taxe professionnelle perçue par les organismes intercommunaux du Bas-Rhin. A la lecture des évolutions de population totale et active entre les deux derniers recensements, on constate que la concentration se poursuit : la zone d’emploi de Strasbourg a absorbé 67% de la croissance nette de population du Bas-Rhin et 76 % de la croissance nette d’emplois.

Financièrement, le pouvoir est depuis longtemps dans les villes. L’ensemble des budgets communaux (400 milliards de francs) représente 1/3 du budget national. Les communes disposent d’une masse budgétaire dix fois supérieure à celle des régions. Le seul budget annuel de Nice dépasse d’un tiers celui de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les données concernant les collectivités alsaciennes sont aussi éloquentes : le budget du Conseil Régional d’Alsace s’élève à 2,109 milliards de francs, contre 3,254 milliards pour le Conseil Général du Bas-Rhin, 2,167 milliards pour la ville de Strasbourg et 4,139 milliards pour la Communauté Urbaine.

Symboliquement et cela depuis le milieu des années 80, le pouvoir médiatico-politique semble avoir basculé du côté des édiles locaux. A cette époque, les maires des grandes villes françaises sont devenus les vedettes surmédiatisées de nos soirées télévisées. Ces « nouveaux seigneurs » avaient pour nom Dominique Baudis, Catherine Trautmann, Alain Carignon, Michel Noir ou Jacques Chirac et ont connu des fortunes diverses.

Signe des temps, le maire est devenu le chouchou des français. Selon un sondage effectué parmi 600 jeunes de 18 à 24 ans, les maires inspirent « plutôt confiance » à 61 % des jeunes, contre 51 % pour le Président, et 36 % pour les députés .

Les édiles sont de plus en plus structurés : Association des grandes métropoles mondiales, Association des Maires, Association des Maires des grandes villes, des Maires des villes et banlieues des France, des Villes moyennes, des petites villes, des villes TGV, des villes à une heure de Paris… Cette organisation leur permet de se mobiliser rapidement comme lors des débats sur le projet de loi sur l’aménagement et le développement du territoire. En quelques semaines, ils ont pu faire entendre leur voix à travers un ouvrage et des affiches qui ont couvert les murs de nos cités avec ce slogan « mon pays, c’est la ville » .

La mondialisation des échanges, l’appel de l’Europe, la décentralisation et le culte de l’entreprise qui s’est développé dans les années 80 ont contribué à transformer nos édiles locaux en manager, et nos cités en villes entrepreneuriales. Depuis, la course pour capter investissements internationaux et cadres supérieurs est sans pitié : les villes en compétition se comportent comme des entreprises ou en adoptent le langage : prospective, stratégie, communication, promotion, lobbying, prospection, partenariats …

Dans ce combat, même la géographie est bousculée et à grand renfort d’anamorphoses, toutes les villes se retrouvent au coeur de l’Europe ou sur la grande dorsale européenne . L’omphalomanie décrite par Roger Brunet n’est pas loin. Même la toponymie est modifiée : Saint-Dié devient « Saint-Dié des Vosges », Châlons-sur-Marne devient « Châlons-en-Champagne », et l’on parle de Vitrolles… Les Départements ne sont pas épargnés : les Côtes-du-Nord deviennent « Côtes-d’Armor », la Creuse s’interroge et le Haut-Rhin s’appelle parfois Haute-Alsace. Au-delà de l’anecdote, c’est avant tout la montée du chômage qui explique le développement de l’action économique des villes. Les maires directement interpelés par la lutte pour l’emploi ont dû réagir. Ils ont ajouté à leur rôle traditionnel « d’entrepreneurs de services publics » un rôle d’animateur du territoire. Ils doivent l’aménager et le manager. Ces deux rôles très liés sont difficiles à assumer dans un contexte de crise avec effet de ciseaux avec des ressources qui se contractent (la tertiarisation ne compense pas la désindustrialisation, et les aides de l’Etat diminuent) et des besoins qui croissent (logements, réseaux,…). On demande souvent l’impossible -voire plus- à ces « Zeu-ro-zélus-sur-bou-qués ».

Les villes sont devenues des partenaires des Contrats de Plan. Elles réfléchissent à leur avenir, mettent en place des démarches prospectives comme les projets d’agglomération.

Les villes prennent également de plus en plus souvent en charge la sécurité des citoyens et se heurtent en cela aux prérogatives de l’Etat d’où le débat actuel sur le rôle des polices municipales.

Les villes ont depuis bien longtemps dépassé les limites communales pour constituer des agglomérations qui drainent de la population de plus en plus loin pour répondre à leurs besoins et constituent de vastes bassins ou zones d’emplois. Elles structurent l’espace sans s’occuper des limites administratives ou étatiques. L’exemple des villes de Bâle ou Karlsruhe est éloquent. Leurs zones d’influence, c’est-à-dire l’espace sur lequel elles exercent leur pouvoir, vont bien au-delà des limites nationales organisant de véritables bassins d’emplois transfrontaliers.

Pour mesurer l’exact pouvoir des villes, il sera intéressant d’observer quel sera le choix des élus si on réussit un jour à limiter le cumul des mandats. Choisiront-ils d’abandonner leur poste de député ou de conseiller général plutôt que celui de maire ? On peut déjà noter que beaucoup d’élus nationaux se cherchent un ancrage local, une commune, voire une ville où s’installer…dans la « proximité » érigée en nouvelle idéologie.

3- Risques et défis

La ville cristallise les conflits d’une société en pleine mutation. La puissance des villes, leurs pouvoirs accrus, et leurs stratégies actuelles (para-diplomatie…) peuvent à terme poser des problèmes au sein de la Nation et de la République française. La France n’est pas l’Italie et l’Allemagne. Le premier risque est celui de l’apparition d’un nouveau Moyen Age où les « euromaires » deviendraient les Ducs et les Seigneurs d’une France féodale faite de bastions égoïstes… On aboutirait à une balkanisation du territoire et à l’apparition de nouvelles cités-Etats. Dans un contexte de concurrence territoriale exacerbée, il faudrait éviter que chaque collectivité locale ne s’érige en « duché » et chaque élu en « chevalier-manager » Les disparités entre elles sont trop flagrantes, tant au point de vue de la taille, de la population, des finances que des compétences pour maintenir longtemps une compétition sans règle ni arbitre sans en payer le prix fort. Un autre risque est que les villes se comportent en prédatrices par rapport à leur environnement. On a le devoir de s’opposer à l’analyse négative de Fernand Braudel déclarant que « toute ville est domination ».

La course à l’économique pousse le plus souvent les métropoles à préférer traiter avec leurs homologues américaines ou japonaises plutôt qu’avec les communes voisines. Il faut dire non à ces nouvelles « Villes-Etats », impériales et impérieuses, qui « oublient » leur environnement sous prétexte de stratégie internationale ! On doit leur préférer les villes « urbanisantes » articulées sur leur arrière-pays, tissant des rapports de complémentarité avec le réseau des villes moyennes et des centres relais ! Le positionnement sur des réseaux internationaux n’exclut pas l’inscription locale et régionale. Les deux démarches doivent pouvoir se compléter. Comme aime à le rappeler Jacques Voisard , Paris ne doit pas devenir un autre « Dragon » à l’image de Hong-Kong ou Singapour. Son développement doit être maîtrisé et profiter à l’ensemble du pays. Même chose pour Montpellier, Toulouse, Lyon ou Strasbourg à l’échelle des régions. La compétition qui s’engage entre métropoles européennes pour capter activités et richesses est implacable. Entrer dans le jeu à la manière d’une entreprise, c’est chercher à gagner mais aussi accepter de perdre. Dans ce combat sans arbitre, il y aura des villes qui gagnent et des villes en faillite. Car toutes n’ont pas les mêmes atouts ni les mêmes moyens au départ.

Autre risque lié : celui de l’apparition d’une ville éclatée où la ségrégation urbaine se renforcerait,où l’espace se spécialiserait sous la pression du libéralisme sauvage et où les affres de la concentration se développeraient : encombrements, insécurité, pollution ou nuisances. On n’en est plus aussi loin. Dans les bassins d’emploi sinistrés qui s’organisent, on reproche souvent à Strasbourg de drainer les fonctions régionales, les fonctions tertiaires et les activités les plus rentables ou les plus créatrices d’emplois. On oublie que la métropole concentre également plus de 60 % des demandeurs d’emploi du Bas-Rhin et des bénéficiaires du Rmi et plus de 2 000 sans-logis. La concentration des hommes et des activités sur Strasbourg entraîne l’apparition de difficultés qui sont celles d’une agglomération de près de 500 000 habitants. La qualité de vie se dégrade et des problèmes sociaux graves apparaissent : engorgement aux heures de pointe, disparition des services de proximité, pollution, progression de la délinquance. L’an dernier, l’Alsace a semblé « découvrir » qu’elle avait aussi ses quartiers sensibles. A Strasbourg, comme à Mulhouse, certaines scènes de violence montées en épingle par la presse nationale ont joué le rôle d’électrochoc. Il suffit de songer aux incidents de la dernière nuit de la Saint-Sylvestre. Pas étonnant dans ces conditions que les bas-rhinois interrogés indiquent aussi clairement leurs préférences. A la question « Où préfèreriez-vous habiter si vous deviez déménager ? » , ils plébiscitent le milieu rural et les villes moyennes avec respectivement 43,4 % et 40,9%. La grande ville ne recueille que 13,3 % des intentions. Le modèle finira peut-être par devenir répulsif en générant son propre poison.

4- Choix de ville et choix de société

Si la ville domine la civilisation contemporaine, nous restons bien démunis face à ses dysfonctionnements économiques, sociaux ou environnementaux. En terme opérationnel, les dispositifs mis en place dans le cadre de la « politique de la ville » ont souvent montré leurs limites. De nouveaux outils d’interventions sont aujourd’hui à inventer, un nouvel urbanisme et un véritable projet urbain doivent être définis. Cette montée en puissance des villes interroge chaque citoyen : Quel mode d’urbanisation désirons-nous ?

La question urbaine est très peu débattue en France où le débat sur la ville est totalement occulté par le problème des quartiers dits « en difficultés ». Quelques travaux pionniers et l’inflation actuelle de colloques sur ce thème ne peuvent malheureusement pas compenser vingt années durant lesquelles la pensée sur la ville a piétiné.

Pour faire simple, nous avons 2 modèles urbains à disposition : un « modèle de type californien » à l’oeuvre dans des villes comme Los Angeles et un « modèle néerlandais ». Le premier présente plusieurs caractéristiques : étalement de l’habitat et des activités avec des densités faibles et un urbanisme automobile. Les habitants cherchent à s’éloigner d’un centre répulsif en évitant la promiscuité sociale et ethnique. Les classes moyennes et supérieures s’organisent de façon à avoir le moins de contacts avec la ville ce qui entraîne la création de quartiers loin des villes. On aboutit à un urbanisme sécuritaire dont l’aboutissement ultime est la création de villes privées gérées par des sociétés de sécurité. Dans ce modèle, la ville est l’image du risque. Dans le second modèle, la ville est compacte grace à une forte régulation publique notamment en terme de transports. Elle correspond à une conception de la vie en société à la volonté de vivre dans une société intégrée. Une véritable culture urbaine s’y développe et on peut parler de développement durable. Ici la ville est synonyme d’équilibre et de bien-être. Entre les deux, il y a sans doute des choix à faire en fonction des coûts économiques et sociaux. Il faut s’interroger sur ces options. Mais si on n’y prend garde, c’est le premier modèle qui s’imposera. En France : le Schéma national d’aménagement du territoire plaide pour la ville compacte. Mais quels sont les moyens dégagés pour y parvenir et quelle est la volonté des citoyens ? Difficile de répondre tant le débat est faible sur ces questions. Le choix urbain est pourtant simple : « Dans quelle société voulons-nous vivre ? » Une société de cohabitation ou une société de ségrégation, l’intégration sociale ou la dérive sécuritaire. C’est en ces termes qu’il faut lancer le débat. La ville est le support matériel du « vivre ensemble ». Si notre société veut perdurer, notre avis est qu’elle doit faire le choix de la ville et accepter la cohabitation.

A travers les travaux prospectifs d’Alsace 2005, l’Alsace semblait avoir fait le choix d’une « région organisée avec des arrière-pays équilibrant le poids des métropoles ». Il était question d’ « organiser une région urbaine » . « Sur la base de ce concept, il s’agit de consolider et de développer le réseau des flux qui relient les noeuds de l’armature urbaine (les villes) tout en préservant et en renforçant la qualité, la valeur et la continuité de l’espace » . Quatre autres ambitions complétaient ce projet : « donner à Strasbourg, Mulhouse et Colmar une dimension de ville rhénane ; renforcer la cohésion du territoire ; mettre en place la politique régionale des transports avec le parti d’aménagement ; maintenir les services publics ou d’intérêt général dans les bassins de vie ruraux et les quartiers périphériques des villes ». L’idée est forte. Elle rejoint le modèle rhénan d’organisation avec une répartition des fonctions entre villes et s’oppose aux phénomène de métropolisation. Mais depuis cette date, a-t-on réussi à mettre les moyens nécessaires en face d’une telle ambition ? Les futurs schéma régional d’aménagement du territoire, projet d’agglomération et Schéma Directeur de Strasbourg permettront peut-être de préciser ces questions et d’esquisser les contours d’une « ville en réseau » à l’échelle de l’Alsace ?

Au-delà du débat sur la ville , il faudra poursuivre -au risque de lasser- la croisade pour une politique volontariste d’aménagement du territoire. En ’950, Eugène Claudius Petit, Ministre de l’Industrie et de l’Urbanisme définissait cette approche comme « la recherche d’une meilleure répartition des ressources naturelles et de l’activité économique (…) pour le bien-être et l’épanouissement de la population. ».

En 1997, les orientations mises en place par le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire ne vont plus vraiment dans ce sens. La proximité a remplacé l’aménagement et l’arbitrage…

Communication, revue Saisons d’Alsace, 1997



le 15 juin 1997 par Luc Gwiazdzinski
modifie le 25 avril 2011