Développement local en milieu urbain - Du côté Alsace

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Fiche Ressources DLD N°920-2053

Développement local en milieu urbain - Du côté Alsace

L’Alsace en général et la ville de Strasbourg en particulier font figure de territoires dynamiques et prospères, caractérisés par des performances économiques remarquables eu égard aux indicateurs nationaux. Pourtant, la métropole régionale connait les problèmes classiques d’une agglomération de près de 450 000 habitants. Elle concentre sur quelques hectares toutes les contradictions et les paradoxes d’une cité mosaïque inscrite dans la compétition internationale où des mondes et des quartiers se côtoient sans toujours se rencontrer : quartier européen, technopole aux multinationales high tech, centre-ville musée, zones pavillonnaires ou résidentielles de luxe et quartiers dits « en difficultés ». Comme dans la plupart des agglomérations françaises, certains quartiers connaissent un processus de dévitalisation et de marginalisation qui caractérise ce qu’il est convenu d’appeler la crise urbaine. Face à la lente dégradation de la situation dans ces zones, l’approche sociale ne suffit assurément plus. Il parait souhaitable de susciter l’émergence de démarches de développement qui dépassent cette seule dimension pour embrasser le domaine économique.


C’est le sens d’une action expérimentale de développement initiée en novembre 1996 par l’Association de développement du Bas-Rhin avec le soutien de l’Etat, de la Communauté urbaine de Strasbourg, du Conseil Général et des Chambres consulaires du Bas-Rhin sur les quartiers sud de Strasbourg (Neudorf, Meinau, Neuhof et Port du Rhin) soit un secteur regroupant 76 000 habitants, 30 000 salariés et près de 1900 établissements. Il s’agit de s’attaquer au problème du développement économique dans les quartiers en dépassant les limites étriquées des zones sensibles de la politique de la ville (ZRU, ZUS et Zones Franches Urbaines) pour s’appuyer sur des secteurs encore relativement dynamiques à l’échelle d’une zone d’emploi.


Le périmètre a été choisi en fonction d’un certain nombre de paramètres, de risques et d’opportunités : perte de substance du petit commerce, étiolement de l’artisanat, concentration des problèmes sur le Neuhof, mutations industrielles sur les zones d’activités du Port du Rhin et de la Plaine des Bouchers (…).

Notre approche s’appuie sur deux principes simples :

  • Nous avons choisi de nous appuyer directement sur les principaux acteurs du développement économique, les entreprises, pour les impliquer dans le processus de développement des quartiers en difficultés sans pour autant contredire leur propre logique économique ;
  • Nous avons décidé d’inclure dans une démarche d’animation commune des territoires dynamiques et des quartiers en difficultés. L’émergence d’une ingénierie du développement à l’échelle des quartiers ne doit pas conduire à une politique du « vivre et travailler au pays ». Dans cette optique, proximité doit rimer avec mobilité.

Limitée à 18 mois, l’opération se décline en plusieurs phases animées par l’ADIRA avec le soutien des organismes consulaires :

  • Un diagnostic précis a été réalisé qui servira de base à toute action de développement : état et besoin des entreprises (artisanat, commerce, PME-PMI, insertion) ; capacités d’accueil du secteur (zones, terrains, locaux…) ; emploi et formation (besoins des entreprises, adéquation formation-emploi)
  • Un travail de sensibilisation et de mobilisation des entreprises est assuré à travers des réunions thématiques de sensibilisation, des rencontres individuelles d’entreprises et la diffusion d’un journal. Un agent de développement, rattaché à l’Association de développement du Bas-Rhin et installé dans le quartier assure cette mission. Parmi les premières opérations concrètes attendues à l’issue de ces travaux on peut citer : la redynamisation des commerces, la transmission et la reprise d’entreprises, l’aide à la création, le tutorat, le montage d’une pépinière (…)

De l’entreprise General Motors au boulanger du quartier, la démarche suscite une forte mobilisation. Les entreprises sont nombreuses à participer aux travaux et ébauchent des projets communs (restauration, groupement d’employeurs…).


On a pu mesurer cette implication lors d’une récente opération. Une analyse menée avec un groupe de chefs d’entreprises animé par un industriel, a montré que le recrutement était le problème majeur du secteur avant la qualification de la main d’oeuvre, la sécurité, la lisibilité de l’action publique ou l’accès aux systèmes d’aides. En liaison avec l’Anpe et une association de cadres à la recherche d’emploi (Vitactif), une enquête a été réalisée auprès des 2000 établissements de la zone sud. En moins d’un mois, plus de 350 offres d’emplois variées (soudeur, tourneur, commercial, ingénieur, mécanicien…) ont pu être identifiées. Elles ont été proposées lors d’un forum du recrutement où une trentaine de chefs d’entreprises étaient présents. Plus de 2000 personnes se sont présentées et un mois à peine après cette manifestation, près de cent contrats d’embauche avaient déjà été signés. La qualité du partenariat mis en place et les résultats encourageants de cette action permettent d’envisager de nouvelles opérations (formation, qualité, création d’entreprises, pépinières…).

Dès le mois d’avril prochain, à l’issue des phases de diagnostic et sensibilisation, des contrats de développement de quartiers pourraient être finalisés par secteurs géographiques à l’image de ce qui se fait en milieu rural avec les structures intercommunales. C’est la condition sine qua non de pérennisation de la démarche.


Des associations existantes ou de nouvelles structures regroupant entreprises, acteurs de la société civile, chambres consulaires et collectivités, pourraient assurer le portage de ces contrats. Structures de proximité, catalyseurs du développement, interfaces souples, pérennes et clairement identifiées entre le monde économique et les institutions, lieux de rencontre et relais des organismes, chambres consulaires et collectivités, elles auraient pour mission le maintien et le développement des activités économiques du quartier, la revitalisation commerciale, l’organisation et la valorisation des capacités d’accueil d’activités, le repérage ou le soutien aux porteurs de projets, la promotion de l’image du quartier et de ses potentiels à l’intérieur et vers l’extérieur.

En matière de développement local, le monde rural a souvent été pionnier. Il s’agit maintenant d’assurer le transfert vers les quartiers de nos agglomérations. Quelques mois d’expérience sur Strasbourg, nous laissent penser que c’est possible à condition d’accepter le prix d’un important travail d’animation préalable.


En ville, l’isolement des chefs d’entreprise est réel. Beaucoup ne connaissent ni leur voisins ni les représentants des autorités locales. C’est cette interface qu’il convient d’organiser. Dans les secteurs où les entreprises sont encore présentes, l’institution d’un dialogue est toujours bénéfique.



modifie le 25 avril 2011