La classe créative selon Richard Florida : un paradigme urbain plausible ?

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Fiche Ressources DLD N°920-1868

La classe créative selon Richard Florida : un paradigme urbain plausible ?

Descriptif

Faut-il présenter Richard Florida ? Originaire du New Jersey, celui qui serait l’économiste le plus en demande à travers le monde comme conférencier fait la pluie et le beau temps à l’Université de Toronto et réside dans la métropole canadienne depuis qu’il fut subjugué par tous les lauriers qui lui furent lancés lors de ses premiers passages. Le but visé par le duo Tremblay -Tremblay de Télé-Univesité-UQAM est de poursuivre - suite à des travaux antérieurs - et d’approfondir les débats suscités par les idées controversées de Florida.

Le tout débute avec une contribution de la très prolifique DG Tremblay - une auteure familière aux lecteurs de O&T - et de S. Darchen professeur adjoint à l’Université York à Toronto. Comme certains de leurs collaborateurs ne manquent pas de le faire, on s’interroge ici sur la relation de causalité entre le degré de tolérance et son potentiel sur le plan économique. On est toujours aux prises avec le dilemme de l’œuf et de la poule.

Quel phénomène précède l’autre ? Selon Florida, le talent engendrerait la croissance, alors que d’aucuns soutiennent le contraire : la croissance attire le talent. Le lien de causalité entre les deux serait plutôt circulaire et cumulatif et non unidirectionnel comme le soutient Florida. En fait, tel qu’indiqué, sa thèse fait l’objet de trois critiques principales :

  • 1-Elle constitue une interprétation simplifiée de la croissance économique en milieu urbain ;
  • 2- Elle évite de tenir compte que c’est en banlieue que se retrouve cette fameuse classe créative ;
  • 3-Elle pèche par des choix méthodologiques pour le moins discutables. C’est ce sur quoi s’étendent les auteurs des chapitres subséquents.

Ainsi, avec le chapitre de Marc V. Levine (se prononce à l’anglaise) le lecteur se voit offrir une cinglante critique des allégations « floridiennes ». Professeur d’histoire et d’études urbaines à l’Université du Wisconsin, Levine est un familier de Montréal et de la langue de Vigneault. Après avoir examiné brièvement les éléments clés de la thèse de la classe créative, l’auteur en souligne les lacunes méthodologiques et conceptuelles. Il passe ensuite aux preuves empiriques relativement à certaines assertions de Florida sur ce qui se rapporte au lien entre la classe créative et la prospérité économique d’une ville. Enfin, Levine examine certaines implications en matière de politique urbaine.

En résumé, Levine comme d’autres collaborateurs à cet ouvrage l’affirment, Florida emprunte beaucoup du travail d’autres chercheurs sans toujours le reconnaître, et quand il écrit que les villes sans gai et sans groupe rock sont destinées à perdre la course économique, ses travaux sont entachés d’erreurs méthodologiques (les indices gai et bohémien) de vides dans les données et de concepts douteux (classe créative et villes « branchées »).

Enfin, disons que le lecteur trouvera dans cet ouvrage suffisamment sur ce qu’il désire savoir sur les travaux de Richard Florida qui devrait tôt ou tard intéresser un autre maire du gros village (Québec) à l’extrémité est de l’autoroute Jean-Lesage. On sait, ô combien, il est sensible au chant des sirènes.


Références ou Coordonnées

La classe créative selon Richard Florida : un paradigme urbain plausible ? - Sous la direction de Rémy Tremblay, Diane-Gabrielle Tremblay - Collection : Géographie contemporaine
Éditeur : Presses de l’Université du Québec, Sainte-Foy (Québec, Canada) - Co-éditeur : Presses Universitaires de Rennes.


par André Joyal le 20 octobre 2010
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    • La thèse de Florida sur la « creative class » (New York basic Book 2008) selon laquelle « attirer et créer une classe de créatifs est un facteur déterminant des dynamiques économiques régionales » - qui est à la mode en Europe et apparement aussi au Canada- est très contestée. Les analyses de corrélation montrent que les régions avec de nombreux « créatifs » n’ont pas des performances très différentes des autres régions. Mais on peut surtout lui reprocher que le fait d’isoler cette variable sous estime les forces endogènes et historiques et ne prend pas en compte la multiplicité des facteurs - et les synergies entre eux – qui expliquent la réussite économique d’une région. Voir M.Storper and A.Scott Rethinking human capital : creativity and urban growth. Journal of Economic Geography, 2009. L’article fait le même reproche à d’autres approches « mono explicatives » qui attribuent la croissance urbaine aux “aménités climatiques » ou à tel autre facteur