L’économie territoriale, Claude Courlet, Bernard Pecqueur

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Fiche Ressources DLD N°920-2373

L’économie territoriale, Claude Courlet, Bernard Pecqueur

Descriptif

Les Grenoblois Bernard Pecqueur et Claude Courlet (P&C), sûrement familiers à de nombreux lecteurs de ce site, offrent ici un ouvrage de dimension modeste qui rappelle ceux de la collection Que Sais-je ? Pour nos deux amis, l’économie territoriale se présente comme une nouvelle économie spatiale à savoir une économie qui réunit l’ensemble des facteurs qualitatifs qui façonnent la société d’un territoire. En conséquence, le territoire se perçoit comme un des éléments fondamentaux de la performance économique d’une nation. P&C écrivent que la question territoriale exige un regard nouveau de même qu’un renouveau de l’analyse économique. Ne l’ayant pas fait eux-mêmes : tout reste à faire reconnaissent-ils.

Un des points forts de l’ouvrage, à mon avis, réside dans le chapitre 2 qui porte sur la nouvelle géographie économique telle que mise de l’avant par Paul Krugman ce nobélisé progressiste connu du grand public par sa chronique régulière dans le New York Times. À ceux qui ont abondamment lu sur les districts industriels italiens, une occasion leur est offerte de se rafraichir la mémoire avec les classiques références à l’Italien Becattini. On les croyait enterrés depuis belle lurette, ces fameux districts, voilà qu’ils apparaissent au-devant de la scène avec des références récentes. Grand bien leur face malgré le doute que je peux en avoir sur les leçons susceptibles d’en retirer de nos jours. Il en va de même avec ce qui a fait le pain et le beurre de C&P : les systèmes de production locaux. Si, par quelques encadrés utiles, les auteurs donnent des exemples récents, ils ont été moins inspirés en reprenant pour la xè fois les « fameux » exemples des décolleteurs (sic) de la vallée de l’Arve ou des plastiques d’Oyonnax que Pecqueur a fait connaître dans un de ses tout premiers ouvrages publiés en 1989.

On retrouve, par ailleurs, un point fort du volume dans un chapitre portant sur les fondements territoriaux de la performance économique avec une allusion aux avantages différenciés qui permettent aux territoires de se positionner sur le plan de la compétitivité. On sait que la très célèbre loi des avantages comparatifs justifie la levée des barrières douanières entre les pays. Ici, dans un contexte de mondialisation où l’accent est mis sur les échanges entre les territoires, les efforts doivent tendre vers la différenciation des produits. On oublie la concurrence via les coûts en misant surtout sur l’innovation et la création de services afférents. Ainsi, selon C&P, la compétitivité dépend moins des coûts des facteurs que de la qualité de l’organisation. Ce qui conduit à parler de la performance d’un territoire en tant que capacité collective, non seulement en vue d’attirer des entreprises, mais pour susciter des initiatives ou activités qui lui sont propres et « spécifiques ».

Comme on ne peut éviter la gouvernance locale et l’action publique, C&P en ont fait leur dernier chapitre par une allusion à l’intermédiation institutionnelle. Même s’ils font moins l’objet d’attention depuis quelque 4 ou 5 ans, les auteurs ne pouvaient éviter de faire part des pôles de compétitivité mis de l’avant par la DATAR en 2005. On sait qu’ils se définissent comme étant la combinaison sur un territoire donné d’entreprises, de centres de formation professionnelle, d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets communs à caractère innovant et disposant de la masse critique nécessaire pour une visibilité internationale. C&P avouent qu’il n’y a pas de miracle à attendre de ces pôles de compétitivité. En effet, on ne doit jamais se bercer d’illusions lorsque l’on se trouve en présence d’une démarche partenariale, car certains partenaires ont souvent de bonnes raisons pour faire faux bon. Comme les auteurs l’écrivent à leur tour : rien ne se décrète.

Dans leur conclusion, C&P plaident dans le sens de : « mettre en évidence les régularités et les caractéristiques récurrentes qui permettent de penser une véritable théorie sur les territoires ». De leur point de vue, les questions soulevées dans leur ouvrage devraient conduire à de nouvelles problématiques, voire vers un nouveau paradigme. Avis est lancé aux intéressés. Ce livre trouvera sa plus grande utilité auprès d’un public étudiant de premier cycle et aussi auprès d’acteurs de terrain qui n’ont pas eu la chance de faire une maîtrise en sciences régionales ou autres disciplines connexes.

André Joyal, membre du Centre de recherche en développement territorial.


Références ou Coordonnées

L’économie territoriale, Claude Courlet, Bernard Pecqueur, Grenoble, PUG, 2013, 142 p.


par André Joyal le 27 mai 2014
modifie le 10 juin 2014
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